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13 Juil 22

Plaidoyer pour une industrie intégrée du cinéma

minutes de lecture 

Nous voilà arrivés au dernier épisode de la première saison de notre podcast. Je vais prendre une petite pause estivale jusqu’à la fin août, maintenant que l’actualité est moins chargée.

Ce dernier épisode est l’occasion de faire non pas un bilan, mais plutôt un état des lieux de ce qu’on a exploré pendant ces quelques mois. Une manière de collationner nos réflexions sur une industrie qui a connu des modifications drastiques en quelques mois. Un point sur le paysage tel qu’il se présente aujourd’hui, et sur les opportunités qu’il ouvre.

Les leçons du lockdown

Commençons par les bouleversements. Et, bien sûr, on est bien obligés de commencer par la pandémie et les lock-downs.

La première leçon à en tirer tient à nos modes de vie eux-mêmes. Il est bon de rappeler que les arrêts totaux d’activité, les lock-downs ne sont pas nouveaux dans nos vies. Nous en avons déjà subi un, bien plus court certes, lors des attentats de 2016. Loin de moi l’idée de comparer l’incomparable, juste de rappeler que la possibilité de lock-downs fait maintenant partie intégrante de nos vies. Comme le font l’éventualité de catastrophes naturelles, d’événements climatiques exceptionnels, d’incidents géopolitiques majeurs. Tout cela impacte toute notre structure économique, en ce compris l’industrie événementielle.

La seconde leçon est que l’industrie du cinéma a de grandes difficultés à gérer la relance. Elle n’est pas équipée pour une logique de “stop and go”. Elle n’est pas la seule dans ce cas, mais c’est celle qui nous intéresse dans ce podcast.

Une industrie pas assez "agile"

Mais quand je parle de l’industrie cinématographique, je parle en fait de la nôtre, celle des pays européens. Les majors, elles, ont parfaitement réussi à se restructurer, à développer des sources de revenus alternatives. Le boom des plateformes de streaming était inscrit dans les astres, planifié de longue date, et a juste été accéléré par les événements. Il n’est que le résultat d’un lent et long travail d’intégration verticale, qui dure depuis 20 ans. Le rachat de studios, et surtout de ses propriété intellectuelles, l’intégration de services OTT, de chaînes de télé, de licences sportives, puis l’abrogation de la loi interdisant les studios de posséder des salles de cinéma -  dont on n’a pas encore vu les effets - , et enfin la pression sur les fenêtres d’exploitation, ... Tout cela est une reprise de pouvoir des studios sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Les studios et producteurs de cinéma européens, eux, ne possèdent pas de licences pérennes. Ils n’ont aucun capital culturel sur lequel construire une telle intégration. Ils sont entièrement dépendants de la bonne santé du reste de la chaîne. Et d’institutions chèrement acquises, mais qui montrent aujourd’hui leur difficulté d’adaptation. Les fenêtres, les modes de financement, la diversité culturelle de l’Europe ont très longtemps été sa force et sa fierté. Mais aujourd’hui, elles sont ses faiblesses. Elle ne lui permettent pas de combattre sur le même pied que les majors. De créer des réseaux aussi puissants que celles des forces du capital.

Résultat : le cinéma européen est aujourd’hui pris dans un étau. D’un côté, un flot pléthorique de films à écouler, où les films qui n’ont pas pu sortir lors de la pandémie viennent concurrencer ceux plus récents. De l’autre une fréquentation en salles qui continue à être anémiée, et où on commence à se demander si la salle n’est pas en train de perdre une génération entière, les 30-50 ans. Ajoutons même un troisième tenon à l’étau : les seules alternatives à l’économie, encore fragile, de la salle sont des services de streaming américains.

En clair : on arrive toujours à produire des films, nettement moins bien à les vendre.

La grande transformation

Evidemment, il y a lieu de se poser la question de savoir si on veut vraiment imiter le modèle américain. Et si oui, dans quelle mesure. Personnellement, je pense que oui, il faut en arriver à une intégration de l’industrie cinématographique. Mais, non, elle ne doit pas se faire sur le même mode que celui des majors.

On va donc passer au volet opportunités. Mais pour cela, je vais continuer le fil de mon idée. Il n’y a que deux modèles possibles pour arriver à une intégration globale d’une industrie : la prise de contrôle, par le rachat, dans une pure logique de marché. Avec le risque de prise de position monopolistique. Exactement ce à quoi on assiste aujourd’hui.

L’autre modèle, c’est celui de la coopération. D’un partage des intérêts, des ressources, mais aussi des recettes. Une mise en réseau, ouverte et libre, des acteurs, où les intérêts des uns rencontrent ceux des autres. Un modèle de l’interdépendance assumée et active.

Dit comme cela, ça ressemble fort à un rêve de hippie mal peigné, à du Proudhon mal digéré. Mais on a vu au cours de cette saison que tout est à disposition, ou presque, pour en faire une réalité.

Des temps intéressants

Ce que nous ont appris de ces quelques mois de reprise, c’est que le monde du cinéma vit une nouvelle évolution. Pour l’instant, nous n’avons pu en voir que les perturbations, les angoisses et les risques.

Mais on voit aussi percer les germes de la transformation. Des manières de faire les choses autrement. Des projets portés par le goût du cinéma. Pas seulement comme art, mais comme expérience communautaire.

C’est sur cette question de l’expérience communautaire qu’on a commencé la saison, et elle fait toujours un beau cliffhanger, en attendant la saison 2.

Bonnes vacances à toutes et tous.


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