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14 Déc 22

Zillion, le film dont vous n’avez pas entendu parler, et pourquoi.

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Je ne vous apprend rien, le cinéma flamand est la sensation de l’année. On connait tous l’insolent succès critique de Close, de Lucas Dhont, Grand Prix à Cannes, et ayant fait la couverture de toute la presse culturelle lors de sa sortie.

Et aujourd’hui, 14 décembre 2022 sort "Le otto montagne" de Felix Van Groningen et Charlotte Vandermeersch, qui était lui reparti avec le Prix du Jury au même Festival de Cannes.

Sans oublier Rebel de Adil El Arbi et Billal Fallah, présenté en séance de minuit, toujours à Cannes, et les films où la Flandre a d’une manière ou d’une autre brillé, en y plaçant un acteur, ou en coproduisant les œuvres.

Blockbuster flamand

Mais avez-vous entendu parler de Zillion, de Robin Pront ? Moi non plus.

Pront n’est pas vraiment un inconnu, puisqu’il a réalisé entre autres d’Ardennen. Pourtant, personne dans la presse francophone ne parle de son nouveau film. A peine une critique recensée dans La Libre Belgique, sanctionnée d’une étoile sur cinq, mais c’est à peu près tout.

Ce n’est certes pas la première fois qu’un film flamand passe totalement inaperçu du côté francophone. Mais Zillion aurait dû, quand-même, éveiller un tout petit peu plus d’intérêt chez nous.

Car le film de Robin Pront est un énorme carton au box office, dont seule la presse flamande et la presse spécialisée parle. En date du 11 décembre, le film a attiré 510.000 spectateurs, pour 5.5 millions d’euros de recettes. Des chiffres qui le place loin devant Black Panther 2.

Faut-il rappeler que la population flamande est estimée aujourd’hui à 6.5 millions de personnes. Ce sera donc presque un flamand sur 10 qui se sera rendu en salles pour voir ce film.

Le reste du pays regarde ailleurs

A l’heure où toutes les conversations tournent autour des salles vides, de l’énorme difficulté pour les films belges francophones à trouver un public, personne n’a même l’idée de se tourner vers le Nord de notre propre pays pour voir ce qu’il s’y passe.

Et pourtant, il y en a des choses à dire sur cet exploit, qui devrait faire pâlir toute l’industrie.

Tout d’abord, restons dans les chiffres de fréquentation. Les estimations du distributeur font état de la moitié des spectateurs dans la tranche d’âge 18-35 ans. Dans une période normale, ce chiffre serait plus ou moins dans les normes. Mais aujourd’hui, où l’on pense qu’il n’est plus possible d’attirer les jeunes dans les salles, il y a lieu d’accueillir cela avec un certain triomphalisme.

D’autre part, parlons budget du film. Zillion a coûté 7.4 millions d’euros, ce qui le place dans la fourchette haute des coûts de production en Belgique. Si ce n’est que le tournage a dû être arrêté lors des confinements, ce qui a fait exploser les coûts, probablement de 20%. Le film redescend ainsi dans une gamme budgétaire qui n’est pas très éloignée d’une coproduction belgo-française tels qu’on en produit par chez nous.

Evidemment, dans l’état actuel des choses, le film n’est pas encore rentable. On parle ici de 5.5 millions de recettes, dont une partie seulement remontera aux producteurs. Mais avec une exploitation en salle nationale à un tel niveau, nul doute que Zillion sera, à terme, une très très bonne affaire financièrement parlant.

La stratégie de promotion

Pour en arriver là, le film a bénéficié d’une campagne de promotion comme on en connaît peu. Une boîte de nuit éphémère a été recréée à Anvers pour le week-end de sortie du film, qui a fait salle comble. Des émissions de télé, des podcasts ont retracé l’histoire de la boîte de nuit mythique et de son flamboyant créateur. Le créateur, Franck Verstraeten est d’ailleurs ressorti de l’ombre à l’occasion, pour bénéficier de ce nouveau quart d’heure de célébrité.

Tout cela, rappelons-le, avec un film qui parle d’un fait hyper-local, une boîte de nuit anversoise, tournée évidemment en flamand, avec le public flamand comme coeur de cible. Mais c’est aussi un film sur l’ambition, les magouilles, le monde la nuit, qui s’inspire fortement des oeuvres de Scorcese et De Palma. Le film joue donc à plein la logique du glocal.

A noter aussi que la VAF, le fonds audiovisuel flamand a soutenu le développement du film. Pour une somme dérisoire par rapport au budget global, certes. Mais exactement là où il en avait besoin : lors de l’écriture et du développement artistique et financier. Le film ne cache pourtant pas son ambition d’être un film populaire, sans forcément une énorme plus-value “culturelle”. Mais c’est néanmoins un film purement flamand, qui a des ambitions qui lui promet un rayonnement international.

Une brèche dans l'omerta

Enfin, il y a une dernière chose à dire sur ce succès dont nous n’entendons pas parler. Tout au long de cet article, je vous ai donné des chiffres. Ca, aussi, c’est quelque chose dont a perdu l’habitude.

Je l’ai déjà signalé, la Belgique est en effet l’un des rares pays au monde qui n’a aucun chiffre de box-office. Les exploitants de salles et les distributeurs négocient, les pouvoirs publics pensent à imposer la communication du nombre tickets vendus. Mais jusqu’à présent, rien n’y fait.

Si ce n’est que là aussi, Zillion est un cas particulier. Le film est distribué par KFD, la branche distribution du groupe Kinepolis. Groupe qui détient l’énorme majorité du parc de salles en Belgique et plus singulièrement encore en Flandre. Or Kinepolis est un groupe coté en bourse et est donc prudentissime concernant la divulgation du moindre chiffre. Sauf si, je présume, celui-ci est à son avantage, comme c’est le cas ici.

Zillion est une success story du pendant industriel du cinéma. Et la Flandre a donc réussi l’exploit d’exceller cette année sur les deux tableaux, artistique et commercial. La Flandre a toujours su que l’un n’empêchait pas l’autre. Que, mieux même, ils s’entre-alimentaient. Qu’il faut, absolument, une industrie prospère, qui va du soap-opera télévisuel au blockbuster local, pour pouvoir prendre des risques par ailleurs.

Il y a énormément de leçons à tirer de cette année flamande. Le silence, de notre côté du pays, autour du film de Robin Pront n’en est que plus assourdissant.


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