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19 Jan 22

Y aura-t-il des cinémas dans le metaverse ?

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Depuis que Facebook a annoncé son projet de Metaverse, on a l’impression d’une véritable ruée vers un nouveau Far West. Pas une semaine ne se passe sans de nouvelles annonces fracassantes. Pas plus tard que ce matin, on apprenait que Microsoft, qui prépare son propre Metaverse, vient d’acheter le studio de jeux vidéo Activision Blizzard pour 69 milliards de dollars. Du coup, Facebook est ses 10 miliards d’investissement dans son propre univers, fait office de petit joueur.

De son côté, Apple mûrit un projet qui semble plus centré sur la réalité augmentée. Et les géants du jeu vidéo Epic et NVidia ont aussi le leur dans les cartons. Bref, qu’on le veuille ou non, les metaverses arrivent.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques remarques:

  1. le metaverse n’est pas une idée neuve. Il existe déjà largement dans le monde du jeu vidéo avec des licenses comme Fortnite, Roblox, Grand Theft Auto, Minecraft, et beaucoup d’autres. Il s’y passe depuis longtemps des activités qui dépassent largement le seul domaine du jeu. On ne parle pas ici de science-fiction, ou de délires de milliardaires. on parle d’un phénomène en cours
  2. les projets que préparent les géants du net représentent une vision infernale du metaverse: des univers totalement centralisés, où les activités seront dictées par les conditions d’utilisation que ces entreprises, et elles seules, dicteront. Mais, comme on l’a vu, même si ce sont eux qui ont mis le sujet sur le devant de la scène, les GAFAM ont en fait une guerre de retard. Il existe des alternatives décentralisées, utilisant la blockchain, comme Decentraland, basées sur une gestion communautaire de l’espace. Et, une fois, encore, les jeux vidéo ont déjà largement un pied dans la porte. On peut parier que, malgré les milliards de dollars mis en jeu, ce ne seront pas eux qui domineront le marché comme ils l’ont fait jusqu’à présent..
  3. en soi, le metaverse n’est pas une révolution technologique. Il est tout au plus une surcouche graphique placée au dessus de nos activités en ligne. On vit déjà des journées rythmées par les vidéoconférences, les messagerie, le travail en ligne, même des activités sociales. Le metaverse leur donne simplement une sorte de représentation géographique. Tout cela sera en quelque sorte un changement d’interface: plutôt que de cliquer sur des apps, nous nous rendrons au bureau virtuel, et Facebook ne sera peut-être rien d’autre que la machine à café.

Néanmoins, ce dernier point a toute son importance dans l’intérêt que pourrait avoir le metaverse pour le cinéma. L’une des promesses du metaverse est d’ordre psychologique. En recréant des espaces visuellement distincts pour le travail et le loisir au sein de nos activités numériques, il nous permettrait de restructurer nos vies durablement chamboulées par les vicissitudes du monde réel. De retrouver un monde où les distractions seraient, paradoxalement, moins omniprésentes, plus canalisées. Bref, où nous pourrions reprendre le contrôle de notre temps.

Un monde de substitution

L’hypothèse à partir de laquelle je vais partir pour la suite de cette chronique est fondamentalement pessimiste, je le concède. Ce que la crise du Covid nous a appris, à la dure, c’est que le monde, le vrai, est devenu hautement imprévisible. Il y a bien sûr eu la pandémie, qui a bouleversé l’économie et le monde du travail comme jamais. Il y a eu les inondations à Liège, qui ont montré que même nos situations économiques personnelles étaient précaires. Et on a pu voir à quel point nos chaînes d’approvisionnement étaient dépendantes de péripéties dans d’autres pays : guerres, canicules, sécheresses, tornades peuvent bloquer des pans entiers de l’industrie.

Dans ce monde où tout peut être bouleversé du jour au lendemain, la ruée vers le metaverse peut se lire aussi comme une tentative de retrouver une certaine forme de stabilité, indispensable à l’économie. Reconstruire un autre monde, parallèle au nôtre que nous ne maîtrisons plus aussi bien. C’est peut-être ça, la promesse du metaverse.

Mettons donc que ces metaverses deviennent une part importante de nos réalités. Alors, ce serait un univers où nous aimerions vivre des expériences similaires à celles que l’on vit dans le monde réel. Après tout, c’est là notre seul référent. Si ces mondes deviennent ceux où on travaille, où on socialise, où on se montre et on communique, alors, il faudra trouver de nouveaux moments pour s’évader. Pour cela il n’y aura que deux options: retourner à la vie offline: lire, voir des amis, se balader en famille, voyager, ou créer des espaces de détente online, dans le metaverse.

Le cinéma en mode meta

Il y aura évidemment, le jeu vidéo, qui reste par la force des choses le médium de prédilection du metaverse. Mais je fais le pari que nous aurons aussi besoin d’expériences plus passives. Et alors, pourquoi pas du cinéma ? Pourquoi ne pas se retrouver dans une salle, certes virtuelle, mais où l’on sait que chacun des avatars autour de nous est une représentation d’un être bien réel? Est-ce que ce serait une expérience moins communautaire qu’une séance de cinéma IRL ? Est-ce que se rendre dans un lieu virtuel appelé cinéma, dans lequel est programmé à heure fixe, un certain nombre de films serait une expérience plus satisfaisante que les tentatives de streaming faites pendant les confinements? Je pense que c’est une question de contexte, et que le métaverse peut être ce contexte propice.

Qu’on me comprenne bien. Je crois, comme beaucoup de monde, que rien ne remplacera jamais une véritable séance de cinéma. Mais une expérience de cinéma dans le metaverse serait selon moi beaucoup plus proche de la salle que notre expérience actuelle sur Netflix, Disney + ou Amazon Prime, où nous sommes là, seuls et démunis face à une avalanche de contenus dont on ne sait quasiment rien, faute de curation humaine et de réelle promotion.

On n’en est qu’aux balbutiements du metaverse, c’est sûr. Mais il offre une opportunité pour une expérience qui, à mon sens, est une expérience de cinéma. Ou en tout cas s’en rapproche très fort. Une expérience certes moins “pure” que la salle. mais une expérience qui contourne l’un des points de frictions les plus ardus à combattre aujourd’hui : se déplacer jusqu’à une salle. Quand elles sont ouvertes...

Il y aura, à n’en pas douter, une opportunité à saisir, pour des exploitants ou des distributeurs aventureux qui ont une vraie stratégie de marque. Avant que les géants du net, qui se battent déjà pour conquérir ces nouveaux territoires, nous referment la porte sur le nez.

A la semaine prochaine.


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