fbpx
Cinema seul

Et maintenant ?

Dans cette crise, on voit enfin un bout de l'horizon, et il n'est pas des plus radieux à court terme. Fort probablement, les cinémas ne rouvriront pas avant la fin août 2020. Avec, quoi qu'il en soit, cette inconnue : quelles conditions sanitaires devront être appliquées ?

Et, si ce n'était pas encore clair, dans la situation actuelle, les cinémas sont toujours la colonne vertébrale de l'industrie. Les propositions de streaming, à n'en pas douter, ne sont qu'un emplâtre sur une jambe de bois.

Alors, il est temps de se poser la question: et maintenant, on fait quoi ?

Retrouver les priorités

Plusieurs salles de cinéma vivent des moments très compliqués. Et, dans l'ensemble, tout le monde s'inquiète d'abord pour son avenir financier. C'est bien normal. Pourtant, il va bien falloir passer à autre chose.

Les discours plaintifs, les appels au gouvernement sur l'importance de la culture, cela va un temps. Mais, dans un moment où tout le monde vit dans l'insécurité, ce n'est pas une position tenable sur le long terme.

Nous sommes, tous autant que nous sommes, dans une situation bloquée. Nous n'avons aucune prise sur la suite des événements, que ce soit au niveau individuel comme collectif. Et, dans la course au "qu'est-ce qui est le plus important à sauver", il faut se rendre à l'évidence : la culture viendra toujours après un paquet de choses.

Maslow à la rescousse

Souvenons-nous de ce bon vieux Maslow, et de sa pyramide des besoins. Malgré les critiques que le modèle essuie, on n'a pas encore fait mieux pour se redonner le sens des priorités.

Maslow, donc, a décrit les besoins humains comme un pyramide. Chacun d'eux s'empile l'un sur l'autre. Aucun ne demande à être satisfait si le précédent n'a pas été satisfait avant lui.

Pyramide de Maslow

La pyramide de Maslow (Source: Wikipedia)

Là, on est retombés bien bas. Au deuxième échelon, pour être plus précis : le besoin de sécurité. Tout l'enjeu de la tentative de déconfinement, ce sera ça. Pas de relancer l'économie, ni de reprendre une vie normale. Juste redonner un sentiment de sécurité. Ça n'a pas l'air de grand-chose mais c'est énorme.

Ce serait surtout une excellente nouvelle. Parce que, juste au-dessus, quel besoin trouve-t-on ? Le sentiment d'appartenance. Et ça, c'est notre boulot.

Retrouver le sens de la communauté

La question que n'importe quel entrepreneur se pose aujourd'hui est, sans doute, celle-ci : quel est mon rôle ? Une fois que la question des revenus est retirée de l'équation - même si c'est de manière aussi violente que maintenant - à quoi sert mon activité ?

Pour y répondre, nous vivons l'une des périodes les plus intéressantes qui soit. Il n'a jamais été aussi facile de mettre un film sous les yeux d'un spectateur. Et il est d'ailleurs aujourd'hui noyé sous une offre pléthorique, parfois même gratuite.

Pourtant, une récente enquête française révèle qu'aller au cinéma est la deuxième activité que les répondants citent quand on leur demande ce qu'ils feront après le confinement.

En tant que spectateurs, nous nous sommes tous plaints de ce qu'est le cinéma aujourd'hui : trop cher, trop bruyant, trop compliqué. Evidemment, tout cela n'était que des excuses pour justifier notre manque de motivation. Il y a toujours moyen de voir de bons films à un prix correct et dans d'excellentes conditions.

Mais retirez-nous cette possibilité, et là, on se rend compte que cette expérience-là nous est indispensable. Même si l'on n'y va pas aussi souvent que l'on voudrait, ne fût-ce que la possibilité de la salle est un facteur de cohésion. Que l'on se définisse comme cinéphile, cinéphage, amateur de culture ou de certains sujets, le truc qui nous manque, c'est ce sentiment d'appartenir à une communauté, aussi virtuelle soit-elle. 

Parler à sa communauté en temps de crise

Mais alors, quand on n'a plus de lieu à offrir, comment faire ? Eh bien, le secret, c'est que le lieu, ce n'est pas vraiment ça l'important. L'important, c'est le sentiment qu'il procure. Et ça, on peut le reproduire.

Plusieurs initiatives se développent, qui n'ont d'autre but que de refaire communauté autour du cinéma. On pourrait citer celle du Sphinx, à Gand, qui propose sa propre sélection de films sur la plateforme Mubi, liée d'ailleurs à un habile programme d'affiliation.

Ou encore les Watch Parties organisées sur différentes plateformes.

Mais l'une des plus intéressantes à mon sens est l'expérience Ciné des confinés lancée par le Kinograph à Bruxelles, inspirée par une initiative similaire à Paris. Il s'agit de distribuer un programme muet de 30 minutes à qui le souhaite dans le but de le projeter sur un mur avoisinant. Reproduire l'expérience du cinéma tant bien que mal. Retrouver ce sentiment bizarre de regarder la même chose, en même temps, avec des inconnus.

L'important, en tous les cas, c'est de continuer le dialogue avec son public. Et d'entretenir cette petite flamme qui est ce qu'on recherche dans une salle : le partage d'une expérience.

Ce serait sans doute ça notre rôle à tous dans cette crise : entretenir la cinéphilie.

Courage à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.