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05 Oct 22

Violences sexistes et sexuelles : la solution est-elle dans les portefeuilles ?

minutes de lecture 

A l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes le 5 octobre 2022. Cela fait aujourd’hui exactement 5 ans qu’éclatait l’affaire Weinstein. L’affaire a été l’initiatrice du mouvement #metoo, qui a secoué toute la société. Mais l’affaire a aussi révélé l’énorme chape de plomb qui pèse sur l’industrie du cinéma. Weinstein a pu opéré en toute impunité pendant plus de 20 ans.

Evidemment, il serait naïf de croire que notre petit pays est immunisé contre ce genre de pratiques. Des collectifs comme Paye ton tournage sont là pour nous démontrer, témoignage après témoignage que le problème est un problème de fond.

Et en Belgique ?

Ce vendredi 30 septembre avait d’ailleurs lieu une rencontre-débat autour des violences sexistes et sexuelles ans le milieu du cinéma en Belgique francophone. Et cela en prélude à des cycles de formation qui auront lieu en octobre et novembre.

Avant d’aller plus loin, les précautions d’usage : je suis, par la force des choses, dans le camp des dominants dans cette question. Je suis un homme, blanc, cisgenre; je n’ai donc aucune légitimité pour parler au nom des victimes.

Par contre, je me sens un petit peu plus légitime à parler de cinéma et surtout des modes de production. Et c’est sur ce plan-là que va porter le reste de cet article.

Parmi les personnes invitées lors de ce panel, il y avait un seul homme, et cet homme était assureur. C’était donc, en quelque sorte, le seul représentant du monde économique dans le panel de discussion.

Taper où ça fait mal ?

Très vite, les débats se sont tournés vers cette question économique précise : que se passerait-il dans le cas où un tournage devait être arrêté suite à une agression sexuelle par l’une des personnes les plus importantes sur un tournage : chef de poste, réalisateur, acteur principal ? L’assurance pourrait-elle intervenir dans un pareil cas ? Et si oui, à quelles conditions ?

Evidemment, ce genre de questions en pose plein d’autres. Où se trouve la responsabilité ? Où se trouve le risque ? Comment le calculer ? L’assureur pourrait-il se retourner contre un des responsables pour défaut de prévoyance ? Voire même contre la personne qui a perpétré le crime ? L’assurance pourrait-elle décider de refuser d’assurer un tournage ou d’augmenter ses primes si un membre de l’équipe est déjà soupçonné d’agression sexuelle ? Mais dans ce cas-là, existerait-il une liste noire somme, nous l’avons appris, il existe déjà pour d’autres problèmes ?

Un monde de référents

L’une des solutions évoquées a été celle de la création d’un référent pour les questions de violences sexistes et sexuelles. Une personne capable de réceptionner la parole des victimes, d’enquêter et de prendre des décisions en toute objectivité.

Malgré tout, je ne peux m’empêcher de penser que ces solutions ne peuvent être que temporaires. Car ce genre de solutions ne traite que les problèmes personnels.

La longue liste des témoignages qui ont été lus lors de cette conférence nous l’a pourtant prouvé. Il y a une réelle structure derrière les agressions sexuelles.

Une structure en deux axes:

  • d’un côté le pouvoir. Les agresseurs sont profs, chefs de départements, réalisateurs, producteurs.
  • de l’autre, il y a la précarité. Les jobs sont faits d’une succession de CDD, entrecoupés de périodes de chômage.

Du coup, la question se pose systématiquement. Si je l’ouvre, si je me plains, que se passera-t-il de ma carrière ? Est-ce que demain, j’aurai encore un autre job ?

Et donc il y a lieu de se poser la question: n’est pas dans la manière de faire des films, dans la manière dont est structurée l’industrie cinématographique que se trouve la racine du problème ?

Une troisième voie

Ce ne serait pas alors par la création de quotas et l’instauration de safe places qu’on aboutirait à une solution de long terme - même si elles sont évidemment indispensables pour les solutions de court terme - mais dans l’élimination des structures de pouvoir. Et, dans un deuxième temps, dans une véritable sécurité de l’emploi pour les travailleurs et travailleuses du secteur.

C’est ce que nous de faire au sein de notre coopérative de travailleurs et travailleuses de l’audiovisuel. Trouver une troisième voie entre le laisser-faire et la répression. Une voie dans laquelle ce genre d’actes ne seraient peut-être pas totalement impossible, mais en tout cas fortement auto-régulée.

Je comprends bien en écrivant cela que tout cela peut avoir l’air assez naïf. Que nous parlons d’objectifs lointains, voire inatteignables. Ce à quoi je répondrais en retournant la proposition : n’est-il pas plus naïf de croire qu’on pourra résoudre le problème par la simple magie de l’économie ?

Ou en faisant appel à la simple bonne volonté de chacun, guidée ou non. Ou, pire encore, au courage de chacune.


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