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02 Mar 22

Sale temps pour les cérémonies

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La saison des prix sera-t-elle la première victime collatérale de l’après-covid ? Après des Golden Globes tout simplement sacrifiés, des César qui ronronnaient d’ennui et des Magritte qui, décidemment, peinent à trouver leur formule, voilà que les Oscar, les sacro-saints Oscar, semblent eux aussi marquer le coup, avec d’un côté une volonté de dynamiser le show, et de l’autre un premier Oscar du public qui s’annonce déjà comme un flop.

Le tout sur fond d’effondrement des audiences télévisuelles pour ce genre d’événements, des deux côtés de l’Atlantique.

Si bien qu’on peut se poser la question: est-ce la fin des grandes cérémonies du cinéma ?

Le cimetière des statuettes

Eh bien, ce n’est sans doute pas encore pour tout de suite, mais je crois bien que la réponse est : oui. Et ce n’est pas vraiment une mauvaise nouvelle.

Parce qu’il faut bien le reconnaître, ce type d’événements ne correspond plus vraiment à notre époque.

Que l’on se comprenne bien: la baisse de popularité, voire de crédibilité des remises de prix annuelles ne dit absolument rien de l’état du cinéma, mais beaucoup de son évolution. Toutes ces cérémonies ont, peu ou prou, été conçues comme des outils de légitimation: Les Oscars servaient à asseoir la logique des studios et le “star system” qu’il promouvait. Les Oscar du Meilleur Film vont, pour rappel, aux producteur.rice.s du film en question.

Les César, eux, ont d’emblée été conçus comme une sorte d’hommage de la petite télévision au grand cinéma. Une marque d’allégeance. Pour ces deux académies, une même mythologie: les dieux du cinéma descendaient, le temps d’un soir, parmi les hommes. Acceptaient de se commettre à la télé, à la seule condition que celle-ci chante leur gloire.

Pour les Magritte belges, c’est bien sûr une toute autre histoire. Il y a une dizaine d’années, l’industrie belge francophone s’installait enfin, et ressentait le besoin de briller, elle aussi. De se montrer comme telle, une industrie. Florissante qui plus est. Si elle a, à priori, jusqu’à présent échoué sur le plan de la promotion des films en eux-mêmes, elle a néanmoins réussi sur cet autre front : démontrer que le cinéma et l’audiovisuel de chez nous est un secteur qui compte, et qui est uni. Ce n’est vraiment pas rien.

The show must (not) go on

Quoi qu’il en soit, ces cérémonies, en tant que spectacle télévisuel, n’attirent plus. Chacune, à sa manière, a tenté de tirer sur la corde avec quelques subterfuges: l’ironie mordante des “hosts” ou l’indignation régulière des belles âmes d’Hollywood envers la cause du moment en ce qui concerne les Academy Awards. Les scandales et esclandres pour la France (on se souvient de la sortie pleine de panache d’Adèle Haenel ou Corinne Masiero nue pour les deux dernières éditions). Et pour les Magritte, les polémiques bien belges sur une touche d’humour mal placée, les accusations de tricherie ou de collusions.

Cette année, rien de tout ça jusqu’à présent. Et soudain, le roi est nu. Sauf que le roi n’est pas celui que l’on croit. C’est la télé qui, en fait, n’arrive plus à faire spectacle. Elle qui ne survit plus que par des dispositifs (les Koh-Lanta, Meilleurs Pâtissiers, Amour est dans le pré, pour la plupart d’ailleurs baignés d’imaginaire cinématographique), et qui se voit lentement disparaître en tant que média linéaire, de flux, c’est elle, la télé, qui se trouve en flagrant délit d’incapacité à faire télévision.

Cependant, le cinéma est tout de même en partie en cause dans cette histoire. C’est lui le premier qui a rompu le pacte. L’accord, tacite, entre cinéma et télé était le suivant: à lui la création des dieux et déesses des temps modernes, à elle le financement, soit à la production, soit en faisant vivre les films pour les annèes qui suivent - on est tenté de dire pour les siècles des siècles.

La République des images

Sauf que le star system est mort. plus de Gable, de Marylin, de Hepburn, de Deneuve, de Delon, de Bébél. Reste tout au plus des acteurs “bankable”: les DiCaprio, Pitt, Dujardin, Depardieu, Haenel n’aiment rien tant que de briser leur image, et gèrent leur carrière par eux-même, loin de la mainmise de producteurs.

On se plaint souvent que la télé se désintéresse du cinéma. Mais c’est peut-être l’inverse. Sans Dieu ni Déesse, à quoi bon une messe, fût-elle télévisuelle ? Le pacte, lui, perdure. Il n’est plus de droit divin, mais inscrit dans la Loi. C’est cette révolution-là dont on voit aujourd’hui les effets.

Et maintenant ?

Reste une question, évidemment, quoi pour les remplacer? Comment promouvoir la grandeur du cinéma, ses formes sans cesse renouvellées ? En première estimation, par ... rien. Chez nous en tout cas, les films les plus audacieux sont aussi les plus fragiles: autant Un Monde, Une vie démente que Fils de Plouc, sans doute les films les plus singuliers de l’année, et en partie justement primés, sont de très petits budgets. Et, à mon sens, la proposition de cinéma populaire la plus convaincante du moment est ... une série télé, le superbe Pandore de Vanya Leturq, Savina Dellicour et Anne Coesens. C’est encore le cinéma qui sauve l’honneur perdu de la télévision.

Le cinéma est partout. Et aussi, toujours, à la télé.


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