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Haenel, Polanski : la promotion d’un film peut-elle faire abstraction du monde réel ?


Alors voilà, moi aussi, je vais mettre ma petite pièce dans le jukebox de la désormais sempiternelle affaire Polanski.

Il y a eu énormément de prises de position autour de la sortie du nouveau film de Roman Polanski, "J'accuse". Des propos très intelligents et des propos débiles. Survenu à peine une semaine après les révélations d'Adèle Haenel, et la nouvelle accusation qui frappe Polanski, ce débat autour de la sortie du film est salutaire.

Ce qui est frappant dans ce moment polémique, c'est que des voix se sont élevées un peu partout dans la société civile, dans le monde politique et dans le monde artistique (réalisateurs.trices et critiques confondus). Mais

  • chez les représentants commerciaux de l'activité, rien.*

Les sociétés de distribution, les salles de cinéma ne prennent pas position. Les seules déprogrammations que j'ai pu recenser en France proviennent d'un réseau public de salles, sur une décision politique.

A priori, rien d'anormal. Après tout, le film marche plutôt bien, il est de bonne facture et traite d'un sujet lui aussi important. Inutile d'alimenter un bad buzz en déviant le débat sur autre chose que le film. Le fameux "on ne va pas se positionner en procureur".

Mais à mon avis, c'est une erreur d'appréciation.

Les distributeurs, et plus encore les exploitants de salle, sont l'interface entre une proposition artistique et ses consommateurs. L'artiste et le producteur ont déjà assumé leur choix, pris une certaine position, sous la forme du film. De facto, ils jugent le discours de l'auteur légitime, puisqu'il lui ont donné les moyens de l'exprimer.

Le diffuser et le mettre à disposition du public est aussi un choix. Un distributeur choisit son catalogue. Une salle opère chaque semaine un choix dans l'offre disponible et dans l'exposition des oeuvres.

Dans la plupart des cas, ce choix se fait sur des critères commerciaux - le film va-t-il attirer le public ? - et culturels - le film est-il "bon" ? Beaucoup plus rarement pour des critères moraux.

Mais le public, lui, fait son choix sur base d'autres critères : ses goûts, son système de valeurs, et son image de votre entreprise. Des choix toujours peu ou prou, oui, moraux.

Bien sûr, dans le monde du cinéma, tout le monde partage des valeurs progressistes, émancipatrices. D'ailleurs, beaucoup ont publiquement relayé et apporté leur soutien aux propos d'Adèle Haenel.

Alors, pourquoi ce silence gêné autour de l'affaire Polanski ? Pourquoi aucune communication envers le public ? Aucun post Facebook ? Aucune réponse aux commentaires cherchant à lancer le débat ?

Je comprends bien, la polémique fait peur. On ne veut pas diviser son public. Mais est-ce qu'un débat est une division ? Est-ce qu'il n'y a pas plus de valeur à retirer pour tout le monde dans une prise de position qui engendre la discussion que dans l'évitement du conflit "pour ne froisser personne" ?

Faut-il pour autant aller jusqu'au refus de programmation ? Je ne le pense pas. Mais accompagner son choix d'une déclaration claire et argumentée - voire d'un débat - et inviter son public à se faire une opinion par lui-même, c'est une forme de respect qui vaut beaucoup mieux que ce silence, qui s'assimile au mieux à du mépris au pire à du cynisme.

Ce silence, finalement, se révèle être aussi un choix commercial : aujourd'hui, être juste un fournisseur de produits culturels ne suffit plus. Son positionnement, sa marque, les valeurs que l'on porte, voilà ce qui crée la différence sur un marché encombré. Se refuser à les mettre en avant, c'est se priver d'une identité.

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